L’empreinte écologique en 5 questions
Mardi 22 novembre 2011
On parle beaucoup depuis quelques années du calcul de l’empreinte écologique de telle ou telle activité humaine. En quoi cela consiste-t-il ? Quel est son objectif ? Dans ce nouveau dossier, Terre En Commun part à la découverte de cet indicateur de « soutenabilité écologique »…
Pourquoi un indicateur comme l’empreinte écologique ?
Le PIB (produit intérieur brut) recense les flux (production, dépenses, revenus) d’un pays donné. On conçoit généralement l’augmentation du PIB comme étant une « bonne nouvelle » pour l’économie. Mais, en réalité, elle l’est beaucoup moins pour la planète !
En outre, le PIB ne dit rien sur l’état des réserves minières ou en énergie fossile, des stocks pour la pêche ou des nappes phréatiques, sur la part de terres biologiquement productives ou stériles…
Il est donc nécessaire d’utiliser d’autres indicateurs pour mesurer une croissance durable.
Ces indicateurs dits « de stock » permettent de se fixer des objectifs réels de soutenabilité, et de jouer un rôle d’alerte quand l’écart avec ces objectifs devient périlleux. Tout comme le PIB est un indicateur de « production économique », l’empreinte écologique peut donc être définie comme un indicateur de « soutenabilité écologique ».
Il est devenu vital de s’assurer que les activités humaines n’accaparent pas plus de services écologiques que ce que la nature est capable de régénérer. Il s’agit de quantifier la capacité régénérative de la biosphère qu’il faut mobiliser pour faire fonctionner durablement l’économie humaine. C’est à cette question que cherche à répondre un indicateur comme l’empreinte écologique.
Etre en « dépassement écologique » signifie que l’on puise dans les stocks et/ou que l’on émet plus de déchets que ce que la nature peut assimiler annuellement.
Qu’est-ce que ça représente ?
Pour mesurer l’état des stocks de notre planète, on fait appel à des indicateurs physiques : hectares et rendements des terres productives, surfaces de forêts, populations animales ou végétales, m3 d’eau potable, concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, etc. Ces données physiques sont mesurables et tangibles : on peut donc s’appuyer sur elles pour déterminer la véritable valeur du patrimoine naturel.
Chaque type de consommation ou de production de déchet peut être évalué sous la forme d’une surface bioproductive. Il faut, par exemple, une certaine surface de pâturages pour produire une tonne de sardines, une certaine surface de forêts pour séquestrer la partie de CO2 émise dans l’atmosphère qui n’est pas déjà assimilée par les océans... Et il convient de mobiliser ces surfaces pour répondre durablement à ce besoin.
Sur Terre, on distingue cinq types de surfaces bioproductives* :
Ensuite, on convertit ces surfaces en une nouvelle unité : l’hectare global (hag), qui représente un hectare de bioproductivité moyenne sur Terre une année donnée. Le poids de chaque type de surface est modifié car ils ne produisent pas tous la même quantité de services : un hectare de pâturages est, par exemple, moins productif qu’un hectare de cultures.
En comparant l’offre (biocapacité) et la demande (empreinte écologique) ce système permet de répondre à cette question fondamentale : le capital naturel se dégrade-t-il ? Si la biocapacité est inférieure à l’empreinte écologique, ce dépassement écologique suggère une probable dégradation du capital naturel.
L’empreinte écologique considère la consommation nette d’un pays ou d’un individu, et pas seulement sa production. La consommation nette est donc calculée en retranchant de la production d’un pays ses exportations, avant d’y ajouter les importations. De cette manière, les importations et exportations d’empreinte écologique sont prises en compte. En d’autres termes : l’empreinte écologique d’un individu comprend aussi l’empreinte des produits importés qu’il consomme.
On estime la biocapacité mondiale à environ 11,9 milliards d’hectares en 2006 (1,8 hag/personne). L’empreinte écologique, de son côté, est estimée pour cette même année à 17,1 milliards d’hectares (2,6 hag/personne). Cela représente un déficit écologique de 5,2 milliards d’hectares, qui se traduit concrètement à la fois par une surexploitation de certaines ressources et, surtout, des émissions de CO2 supérieures aux capacités de séquestration de la biosphère. En 2006, il aurait fallu 1.4 planète pour soutenir la consommation de façon durable...
La demande est donc plus élevée que l’offre : le capital naturel s’épuise. Cette situation existe depuis le milieu des années 80 et cette tendance n’a pas encore pu être inversée en raison de la difficulté de changer les modes de consommation et de production et ce, en dépit des engagements et objectifs de développement durable établis aux sommets de Rio de Janeiro en 1992 et de Johannesburg en 2002.
Les calculs font apparaître des responsabilités très différentes dans ce déficit écologique mondial. Quelques repères d’empreinte écologique pour l’année 2006 :
Entre 1961 et 2006, la population belge a augmenté de 14 % de manière régulière alors que l’empreinte totale de consommation de l’ensemble de la population belge a augmenté de 43 %, passant de 41 millions hag à 59 millions hag. Cette augmentation est donc due, en partie, à l’accroissement de la population et, nettement plus largement, aux changements de modes de consommation et de production, qu’il faut mettre en parallèle à l’accroissement du niveau de vie matériel.
L’empreinte belge est 2,2 fois supérieure à la moyenne mondiale. Si l’on regarde les types de surfaces concernées, la Belgique a une empreinte proportionnellement beaucoup plus élevée pour les terrains bâtis (5,1 fois la moyenne mondiale) et les terres cultivées (3,3 fois la moyenne mondiale). Cela s’explique par l’étalement de l’espace bâti en Belgique (superficie moyenne des habitations élevée par habitant et infrastructure routière dense), et par le fait que nous sommes de grands consommateurs de viande (il faut 7 à 10 fois plus de surface agricole pour produire une calorie de viande que pour produire une calorie de céréale).
En outre, nous faisons de plus en plus appel à des productions venant de l’extérieur de la Belgique. Le premier impact négatif est lié à l’augmentation des distances entre le lieu de production et le lieu de consommation. Consommés en Belgique, les biens importés sont acheminés depuis le lieu de production, souvent situé à des milliers de kilomètres, ce qui implique évidemment des transports et donc des consommations d’énergie et des rejets de CO2.
De plus, les industries sont généralement délocalisées dans des régions du monde dans lesquelles les règlementations environnementales sont moins strictes. Les biens ainsi produits ont donc très probablement une moindre performance écologique et énergétique que s’ils étaient produits en Belgique.
C’est donc la partie importée qui explique l’augmentation de l’empreinte écologique chez nous.
L’analyse détaillée de l’empreinte écologique de la Belgique nous montre ainsi des tendances préoccupantes : la croissance de l’empreinte carbone, la tendance de plus en plus marquée à l’importation de certaines ressources, et la forte dépendance vis-à-vis de l’extérieur qui en découle. Ces tendances s’expliquent à la fois par des modifications de comportement de consommation (alimentation plus carnée, usage plus intensif d’énergie) mais aussi des changements dans les modes de production (intensification dans le domaine agricole, délocalisations dans le domaine industriel, etc.), le tout marqué par une forte augmentation des échanges internationaux.
Le calcul de l’empreinte écologique ne fait qu’exposer des faits. On peut cependant interpréter le dépassement actuel comme une nécessité de développer des mesures écologiquement efficientes et fonctionnelles.
Il est possible de concilier développement économique (tel que mesuré par le PIB) et soutenabilité écologique.
Pour y parvenir en Belgique, il faut qu’un changement profond soit enclenché dans les modes de production et de consommation, notamment : relocalisation des industries, sobriété énergétique et écologique des comportements.
Sources :
Global Footprint Network
WWF
Wikipédia
* données datant de 2009
Pourquoi un indicateur comme l’empreinte écologique ?
Le PIB (produit intérieur brut) recense les flux (production, dépenses, revenus) d’un pays donné. On conçoit généralement l’augmentation du PIB comme étant une « bonne nouvelle » pour l’économie. Mais, en réalité, elle l’est beaucoup moins pour la planète !En outre, le PIB ne dit rien sur l’état des réserves minières ou en énergie fossile, des stocks pour la pêche ou des nappes phréatiques, sur la part de terres biologiquement productives ou stériles…
Il est donc nécessaire d’utiliser d’autres indicateurs pour mesurer une croissance durable.
Ces indicateurs dits « de stock » permettent de se fixer des objectifs réels de soutenabilité, et de jouer un rôle d’alerte quand l’écart avec ces objectifs devient périlleux. Tout comme le PIB est un indicateur de « production économique », l’empreinte écologique peut donc être définie comme un indicateur de « soutenabilité écologique ».
Il est devenu vital de s’assurer que les activités humaines n’accaparent pas plus de services écologiques que ce que la nature est capable de régénérer. Il s’agit de quantifier la capacité régénérative de la biosphère qu’il faut mobiliser pour faire fonctionner durablement l’économie humaine. C’est à cette question que cherche à répondre un indicateur comme l’empreinte écologique.
Etre en « dépassement écologique » signifie que l’on puise dans les stocks et/ou que l’on émet plus de déchets que ce que la nature peut assimiler annuellement.
Qu’est-ce que ça représente ?
Pour mesurer l’état des stocks de notre planète, on fait appel à des indicateurs physiques : hectares et rendements des terres productives, surfaces de forêts, populations animales ou végétales, m3 d’eau potable, concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, etc. Ces données physiques sont mesurables et tangibles : on peut donc s’appuyer sur elles pour déterminer la véritable valeur du patrimoine naturel.Chaque type de consommation ou de production de déchet peut être évalué sous la forme d’une surface bioproductive. Il faut, par exemple, une certaine surface de pâturages pour produire une tonne de sardines, une certaine surface de forêts pour séquestrer la partie de CO2 émise dans l’atmosphère qui n’est pas déjà assimilée par les océans... Et il convient de mobiliser ces surfaces pour répondre durablement à ce besoin.
Sur Terre, on distingue cinq types de surfaces bioproductives* :
- les champs cultivés > environ 1,6 milliard d’ha
- les pâturages > +/- 3,4 milliards d’ha
- les forêts > +/- 3,9 milliards d’ha
- les pêcheries > +/- 2,9 milliards d’ha
- les terrains construits (on fait l’hypothèse que les villes sont le plus souvent construites sur des terres arables) > +/- 0,2 milliard d’ha.
Ensuite, on convertit ces surfaces en une nouvelle unité : l’hectare global (hag), qui représente un hectare de bioproductivité moyenne sur Terre une année donnée. Le poids de chaque type de surface est modifié car ils ne produisent pas tous la même quantité de services : un hectare de pâturages est, par exemple, moins productif qu’un hectare de cultures.
En comparant l’offre (biocapacité) et la demande (empreinte écologique) ce système permet de répondre à cette question fondamentale : le capital naturel se dégrade-t-il ? Si la biocapacité est inférieure à l’empreinte écologique, ce dépassement écologique suggère une probable dégradation du capital naturel.
Quelles différences en fonction des pays, des régions ?
L’empreinte écologique considère la consommation nette d’un pays ou d’un individu, et pas seulement sa production. La consommation nette est donc calculée en retranchant de la production d’un pays ses exportations, avant d’y ajouter les importations. De cette manière, les importations et exportations d’empreinte écologique sont prises en compte. En d’autres termes : l’empreinte écologique d’un individu comprend aussi l’empreinte des produits importés qu’il consomme.
On estime la biocapacité mondiale à environ 11,9 milliards d’hectares en 2006 (1,8 hag/personne). L’empreinte écologique, de son côté, est estimée pour cette même année à 17,1 milliards d’hectares (2,6 hag/personne). Cela représente un déficit écologique de 5,2 milliards d’hectares, qui se traduit concrètement à la fois par une surexploitation de certaines ressources et, surtout, des émissions de CO2 supérieures aux capacités de séquestration de la biosphère. En 2006, il aurait fallu 1.4 planète pour soutenir la consommation de façon durable...
La demande est donc plus élevée que l’offre : le capital naturel s’épuise. Cette situation existe depuis le milieu des années 80 et cette tendance n’a pas encore pu être inversée en raison de la difficulté de changer les modes de consommation et de production et ce, en dépit des engagements et objectifs de développement durable établis aux sommets de Rio de Janeiro en 1992 et de Johannesburg en 2002.
Les calculs font apparaître des responsabilités très différentes dans ce déficit écologique mondial. Quelques repères d’empreinte écologique pour l’année 2006 :
- Un Français a besoin de 4,6 hag pour maintenir son niveau de vie. Si tout le monde consommait autant qu’un Français, il faudrait disposer de 2,5 planètes.
- Un Américain a environ besoin du double d’un Européen pour maintenir son niveau de vie, soit 9 hag (5 planètes).
- Un Brésilien a une empreinte écologique de 2,3 hag (1,3 planète).
- Un Chinois a une empreinte de 1,8 hag (1 planète).
- Un Indien ou un habitant du Burundi a une empreinte de 0,8 hag (0,4 planète).
Quelle est la situation en Belgique ?
Entre 1961 et 2006, la population belge a augmenté de 14 % de manière régulière alors que l’empreinte totale de consommation de l’ensemble de la population belge a augmenté de 43 %, passant de 41 millions hag à 59 millions hag. Cette augmentation est donc due, en partie, à l’accroissement de la population et, nettement plus largement, aux changements de modes de consommation et de production, qu’il faut mettre en parallèle à l’accroissement du niveau de vie matériel.
L’empreinte belge est 2,2 fois supérieure à la moyenne mondiale. Si l’on regarde les types de surfaces concernées, la Belgique a une empreinte proportionnellement beaucoup plus élevée pour les terrains bâtis (5,1 fois la moyenne mondiale) et les terres cultivées (3,3 fois la moyenne mondiale). Cela s’explique par l’étalement de l’espace bâti en Belgique (superficie moyenne des habitations élevée par habitant et infrastructure routière dense), et par le fait que nous sommes de grands consommateurs de viande (il faut 7 à 10 fois plus de surface agricole pour produire une calorie de viande que pour produire une calorie de céréale).
En outre, nous faisons de plus en plus appel à des productions venant de l’extérieur de la Belgique. Le premier impact négatif est lié à l’augmentation des distances entre le lieu de production et le lieu de consommation. Consommés en Belgique, les biens importés sont acheminés depuis le lieu de production, souvent situé à des milliers de kilomètres, ce qui implique évidemment des transports et donc des consommations d’énergie et des rejets de CO2.
De plus, les industries sont généralement délocalisées dans des régions du monde dans lesquelles les règlementations environnementales sont moins strictes. Les biens ainsi produits ont donc très probablement une moindre performance écologique et énergétique que s’ils étaient produits en Belgique.
C’est donc la partie importée qui explique l’augmentation de l’empreinte écologique chez nous.
L’analyse détaillée de l’empreinte écologique de la Belgique nous montre ainsi des tendances préoccupantes : la croissance de l’empreinte carbone, la tendance de plus en plus marquée à l’importation de certaines ressources, et la forte dépendance vis-à-vis de l’extérieur qui en découle. Ces tendances s’expliquent à la fois par des modifications de comportement de consommation (alimentation plus carnée, usage plus intensif d’énergie) mais aussi des changements dans les modes de production (intensification dans le domaine agricole, délocalisations dans le domaine industriel, etc.), le tout marqué par une forte augmentation des échanges internationaux.
Que peut-on faire pour réduire l’empreinte écologique ?
Le calcul de l’empreinte écologique ne fait qu’exposer des faits. On peut cependant interpréter le dépassement actuel comme une nécessité de développer des mesures écologiquement efficientes et fonctionnelles.
Il est possible de concilier développement économique (tel que mesuré par le PIB) et soutenabilité écologique.
Pour y parvenir en Belgique, il faut qu’un changement profond soit enclenché dans les modes de production et de consommation, notamment : relocalisation des industries, sobriété énergétique et écologique des comportements.
Sources :
Global Footprint NetworkWWF
Wikipédia
* données datant de 2009